éditorial du Chaînon mai-juin 2020
 
Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite. Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite. Il va filer.
Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite. Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer.
Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite. Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.
Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite. Sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer.
Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y vite. Sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer.
De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y vite. De pommier en cerisier, cours-y vite. Il va filer.
Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y vite. Saute par-dessus la haie, cours-y vite ! Il a filé !
Paul Fort.
 

Des générations de têtes blondes ont récité ce poème sur l’estrade… Beaucoup connaissent les 2 premiers vers et les derniers mieux que l’on connaît le poète Paul Fort !
 
Et si je vous disais qu’à Tourne-Bride, des versets sont dans le pré, me croiriez-vous ? Et mieux, « cours-y vite » n’est pas de mise, ils ne vont pas filer car le bonheur qu’ils nous apportent n’est pas éphémère mais intense, voire enivrant, inondant… seulement si nous le leur permettons, et ils nous attendent, patiemment ! Allons en cueillir un, avec les enfants. Ne nous gênons pas : des versets, il y en a à foison dans le pré, ceux que nous cueillerons y demeureront toujours, là, près de la bergerie et tout près, dans notre cœur.
 
Le 4 avril 2020, nous avions un troupeau de 17 têtes (des moutons de Soay, des espèces de petits mouflons ; par ailleurs, quand un berger parle de « tête », il y a aussi toujours 1 corps, 4 pattes, 1 queue etc.): 14 brebis et 3 béliers. Le matin en tout cas. Fi du confinement, vers midi, 1 premier agneau est sorti de son lieu secret, Martial ! Le surlendemain, ce fut Marceline, une grosse tache blanche sur la tête et les jours suivants, 9 autres agneaux ont peuplé Tourne-Bride. Les enfants et moi vous les présenterions avec joie mais pas tout de suite, puisqu’ici, tout comme vous sûrement, nous obéissons aux règles de déconfinement progressif, de distance physique, de gestes de protection…
 
-Et alors, ce verset biblique ? Le voilà, le voilà, « cours-y vite » n’est pas de mise à la bergerie… le monde est différent « ici et maintenant ». Marceline a une maman: Babette. Au début du confinement, avait-elle mal compris les mesures, la brebis Babette s’était entouré le corps d’un fil de fer barbelé. Un tour et demi. Depuis, son nom est Barbelette. Sa grosse toison d’hiver a protégé son corps d’éventuelles blessures mais au fur et à mesure que le fil donnait du mou, sa marche était entravée. Vaines tentatives de lui venir en aide, les moutons de cette race sont sauvages. Plus aucun des gentils bénévoles ne viennent travailler ici pour le moment et de toute façon, l’attraper soudainement aurait pu, par le stress, lui faire perdre l’agneau qu’elle portait en elle et effrayer d’autres brebis avec les mêmes conséquences …
Patienter, attendre que l’agnelage soit terminé, espérer que son agneau ne se blesse ni à la naissance, ni en venant téter le lait de sa mère… Nous demandons souvent 
à Dieu de protéger Tourne-Bride et tous ses occupants. Aussi, quand nous avons aperçu la petite Marceline trottant auprès de Barbelette, allant au pis sans soucis, nous étions reconnaissants et soulagés que cette GHR[1] se soit bien déroulée chez une brebis toujours ‘enroulée’ !

-Et le verset ? Nous y arrivons ! « Cours-y vite » aurait effrayé les brebis, les agneaux et même les béliers… Parmi nous, c’est le jeune berger Nathan qui s’était, des jours et des heures durant, infiltré à la bergerie… Il y passait le plus clair de son temps. Tout cela pour l’amour de Barbelette. Calmement, il s’occupait de nourrir les moutons, de remplir l’abreuvoir (automatique qui ne l’est plus), de les faire pâturer dans un autre pré (mal clôturé) où l’herbe est plus verte, il lisait et même, laine pour laine, il y a appris à tricoter… Mais Barbelette restait méfiante. Pauvre Nathan ! Sotte Barbelette !
 
Ô, petite brebis, si seulement tu pouvais mettre ta confiance en moi. Je ne te veux que du bien. Je veux seulement te délivrer de ce qui risque de te blesser.
 
Puis, un jour, alors que j’étais en table de partage avec quelques frères et sœurs de mon église, Nathan est arrivé, triomphant, le visage radieux, un fil de fer barbelé à la main, des petites touffes de poils de Barbelette de-ci de-là. Quelle joie… Comment a-t-il procédé ? C’est son secret, vous lui demanderez. Vous ne le connaissez pas, (dommage pour vous) mais pour vous aider, vous trouverez sa photo dans le prochain Chaînon… C’est pendant plus d’1 mois que Barbelette a traîné cette entrave avant de céder à la délivrance.                  Le verset ?
 
Si donc le Fils vous libère, vous serez  vraiment libres.                     Jean 8 :36.
 
Libéré.e.s de nos chaînes, de nos inquiétudes, de notre mauvaise conscience, de nos colères, de notre morosité… à chacun sa liste hier, une autre aujourd’hui…
C’est l’amour de Dieu pour moi (et j’invite chacun, en toute liberté ! à être ce « moi ») qui m’offre la faculté de m’aimer, me pousse de l’intérieur par Son Saint-Esprit à aimer mon prochain. Tous mes liens anciens sont tombés pour n’en conserver qu’un seul, celui de l’amour. L’entrave à la liberté imaginée par celui qui ne connait pas cet amour divin est un leurre. Ma vie avec Christ est une ouverture et non un lieu étriqué… C’est par choix et en libre retour à l’amour dont Dieu a été l’acteur premier que je décide de m’éloigner de ce qui n’est pas à Sa gloire, avec Son aide et Son secours. Être chrétien ne se résume pas en des « Tu dois » et des « Tu ne peux pas » mais au contraire, en des horizons qui s’élargissent, en la présence de Dieu qui me pardonne, m’encourage, m’assure que je suis son enfant et qu’Il m’aime comme nul autre Père. à l’instar de Paul Eluard, je peux proclamer alors, … sur ma vie chaque jour avec Lui, sur ma position en Christ, sur l’amour que Dieu me manifeste, j’écris ton nom, liberté !
Nadine Dussart-Janssens, mai-juin 2020.
 
[1] GHR : en obstétrique, Grossesse à Haut Risque. Due à une maladie de la maman, du bébé, grossesse multiple  ou menace de prématurité… ou encore, on prévoit que l’accouchement sera rendu difficile pour une raison précise…



 
ÉDITORIAL du Chaînon de Noël 2014 (235).

Et si le miracle de Noël plongeait ses racines « Au commencement » ?...
Alors que la plupart des contes préparent leur auditoire par Il était une fois…, la Parole de Dieu débute quant à elle par Au commencement… , que nous retrouvons au premier verset du premier chapitre du premier livre de la Bible : la Genèse, ainsi qu’au premier verset du premier chapitre de l’Évangile de Jean. Voilà qui distingue déjà la légende de la Vérité !
Au commencement Dieu créa le ciel et la terre… (Lire Genèse 1). C’est par sa seule parole que Dieu créa, fit sortir du tohu-bohu tout l’univers. Dieu dit : « … » et la chose fut !
Au commencement était le Verbe… (Lire Jean 1). Le Verbe ? Au premier degré de l’école primaire (1ère-2ème ou CP-CE1) on apprend à le débusquer dans la phrase, traditionnellement, à le souligner en rouge, il EST l’action, sans laquelle la phrase n’est que rhèse. Et puis, quand on l’a trouvé, on pose la question « qui est-ce qui ? » et on repère le sujet, et habituellement, on le souligne en bleu ! Ensuite, on le conjugue et par sa terminaison, on est renseigné sur par la personne… - Fastoche ! si c’est «O-N-S » c’est nous, je suis dedans et si c’est « E-Z » c’est vous, je ne suis pas dedans - et puis voilà qu’il arrive à ce verbe d’être au passé, au présent ou au futur, il lui arrive d’être dans un groupe (jadis, il y en avait 4 : ER-IR-OIR-RE ; désormais, il n’y en a plus que 3, restrictions obligent !) Bref, il est la base de la phrase, la naissance de l’analyse grammaticale… mais Au commencement, le verbe ? …Pour faire de l’esbroufe, nous pourrions dire que c’est la simple transcription du latin ‘verbum’ de l’original grec ‘logos’ ou pour plus de hâblerie encore ‘logoV’ ; que ce terme est propre et usuel dans la philosophie grecque pour désigner l’intelligence divine organisatrice de l’univers…STOP ! Auprès des enfants, ce ne serait que « verbiage » (c’est le cas de le dire) ! L’idée n’est pas d’étaler son savoir, clamant que le verbe… etc. ! Pourtant intéressant de voir que « logos » signifie parole et que dans la plupart des traductions plus récentes de la Bible, ou moins inféodées au latin, on trouve Au commencement était la Parole, quel rapprochement alors entre ces deux passages de l’Écriture, juxtaposant cette parole toute puissante et créatrice de Dieu (Genèse 1 :1) ET qui était Au commencement (Jean 1 :1)… Qu’est-ce que cela peut présager ?... Cela ne donne-t-il pas envie d’en savoir plus, n’y a-t-il pas un mystère à dévoiler ? … La lecture de la Bible me fait parfois penser à cette publicité, dite avec un fort accent bruxellois et parlant d’une spécialité belge du style tisane de houblon fermentée (ceci dit pour faire mousser quelques connaisseurs.) « Au plus que tu la goûtes, au mieux qu’elle te goûte »… Et c’est pour cette cause qu’on poursuit la lecture de l’Évangile de Jean… Voilà qu’on découvre que ce Verbe - préférons Parole - était avec Dieu, était Dieu, présent dans toute Son œuvre créatrice, qu’Il s’est fait chair (on revient à ce terme au paragraphe suivant) et qu’Il a habité parmi nous… Plus de doute, c’est Lui, c’est Notre Sauveur. Dieu Lui-même qui s’est fait homme, pour vivre notre condition, pour nous révéler le plan d’amour de Dieu de façon plus précise que par la magnificence de l’univers qui nous entoure, pour faire de nous des rachetés, des enfants du Père. Savourons dans la version « Parole de Vie » le verset 17 du premier chapitre de l’évangile de Jean, qui ôte tout soupçon : Dieu nous a donné la loi par Moïse, mais l’amour et la vérité sont venus par Jésus-Christ. (Jn1 :17). jj
« Il s’est fait chair… » est encore une expression qui fait partie de notre jargon parpaillot ! Donc, tout le monde comprend ? Eh bien non, pas les enfants accueillis par l’Évangile Aux Enfants qui assurément loin et même très loin d’être moins futés que d’autres entendent par ce son « cher » (cher Seigneur [je t'aime], cher en €, et la double confusion : chaire on ne s’appuie pas dessus sinon le pasteur va tomber, et que dire de la traduction « incarné », c’est quand on a mal aux ongles de pied ! (toutes ces définitions vraiment entendues depuis 1986) Est-ce à rire ? Nous dirions à pleurer ! D’abord loin de nous l’esprit de rire des « perles » des enfants ! Ce sont les « dénonciations utiles » que nous ne nous sommes pas exprimés de façon à être compris. Tir à rectifier !  Pourtant, les quelques 250 versets bibliques mis en musique du répertoire de Tourne-Bride sont issus de notre classique version Louis Second. Chaque fois que nécessaire, nous expliquons ou faisons expliquer par d’autres enfants la signification des mots du verset. Lorsque nous prenons l’exemple de Paul, déclarant « Je me suis fait tout à tous » ou dans cette même dynamique avant lui, l’utilisation par Jésus de nombreuses paraboles, nous avons à en prendre de la graine ! Ou oublierions-nous que l’art de la communication, c’est de se faire comprendre ? Même pour les plus nostalgiques des formules d’antan (et j’en suis), sachons reconnaître que pour être puissante et efficace, la Parole doit être intelligible… « Une Bible dans chaque chaumière » préconisait Victor Hugo…
En panne d’inspiration pour un cadeau de Noël ? Ne serait-ce pas le moment d’offrir, de s’offrir, une version de la Parole adaptée au bénéficiaire ? Grande richesse dans notre lecture personnelle que de pouvoir comparer différentes versions (ça, c’est peut-être pour les prochaines « bonnes résolutions annuelles ») ?

C’est ici le miracle de Noël, exprimé autrement que dans les autres récits de la Bonne Nouvelle, sans parler de Bethléem, ni du poupon de la crèche, des bergers ou encore des mages… Un autre coup d’œil, un autre émerveillement peut-être, que nous vous offrons, chers lecteurs de Chaînon, pour vous souhaiter, au nom de tous les membres de notre ASBL, un Joyeux Noël, comme si c’était un premier, comme un re-commencement, un nouveau départ avec Lui pour une très heureuse année 2015.
Nadine Dussart-Janssens, novembre 2014.

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